A L'OCCASION DE LA SAINT JEAN

... la Grande Fiche Verte dont Big Seattle se fait l'interprète aujourd'hui...

Quand j'étais petit, nous jouions souvent aux cow-boys et aux indiens. Ce n'est pas les films qui manquaient pour glorifier les conquérants de l'Ouest, mais malgré tout, dans nos jeux, je prenais toujours le rôle de Sitting Bull, Aigle Noir,... et laissais les rôles de Buffalo Bill, de Custer,... aux autres.

Bien des années ont passé, la vie n'est pour moi plus un jeu, mais je me retrouve néanmoins dans une vie pleine de cow-boys et comme jadis, je laisse ce rôle aux autres et je revêts cette nuit de St Jean mes plumes et mon costume bariolé non pas pour être Sitting Bull, mais pour vous livrer un message qu'écrivait le chef Seattle au grand chef blanc à Washington. Celui-ci voulait acheter le territoire des indiens et leur offrir une réserve. C'est une fiche verte » écrite il y a près de 130 ans, c'est une « fiche verte qui a dû être écrite ou dite par nombreux grands hommes il y a des siècles. Vous savez la nuit de la St Jean est mystérieuse. Peut-être que ce soir vous aussi 'serez assis prés d'un feu ? Si, de grâce, ce soir, sortez de chez vous, laissez votre télé, allumez un feu, si petit soit-il. Allez regarder dans les flammes, dans le ciel, ne parlez pas non plus, écoutez... écoutez..., et peut-être que dans le vent vous entendrez le murmure du Grand Esprit... la Grande Fiche Verte dont Big Seattle se fait l'interprète aujourd'hui...

    José Titeux - Fiches Vertes - RTBF: Emission Zone Verte - Années 70.

« Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L'idée parait étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau comment est-ce que vous pouvez les acheter ? Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'Homme Rouge. Les morts des Hommes Blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils s'en vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'Homme Rouge. Nous sommes une partie de la terre et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sueurs : le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les prés, la chaleur du poney, et l'homme, tous appartiennent à la même famille.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau, mais le sang de nos ancêtres. Si nous vendons la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée, et vous devez apprendre à vos enfants qu'elle est sacrée, et que chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs dans la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, elles nourrissent nos enfants. Vous devez vous rappeler et enseigner à vos enfants que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l'Homme Blanc ne comprend pas nos moeurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car il est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il l'a conquise, il va plus loin. II abandonne la tombe de ses aieux et cela ne le tracasse pas. II enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aieux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Je ne sais pas. Nos moeurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l'Homme Rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'Homme Rouge est un sauvage et ne comprend pas.

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'Homme Blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre, si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ?L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant comme une flèche audessus de la face d'un étang et l'odeur du vent luimême, lavé par fa pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L'air est précieux à l'Homme Rouge car toutes choses partagent le même souffle. L'Homme Blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent, qui a donné à notre grand père son premier souffle, a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir comme un endroit où même l'Homme Blanc peut aller goûter le vent, adouci par les fleurs des prés. Si nous décidons d'accepter de vous vendre notre terre, j'y mettrai une condition: l'Homme Blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'Homme Blanc, qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que les bisons que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aieux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. Nous savons au moins ceci: la terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie ; il en est seulement le fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins de la forêt chargés de fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternie par des fils qui parlent. Où est le hallier ? Disparu. Où est l'aigle ? Disparu.

La fin de la vie et le début de la survivance... ».



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